Au-delà du manichéisme bien-mal

Le camp du bien et celui du mal s’affrontent depuis la nuit des temps, l’un prenant temporairement le dessus sur l’autre, avant que ce dernier ne renverse la tendance à son avantage, et le perde à son tour au profit de son opposant, et ainsi de suite, dans une spirale infernale qui profite à l’esprit de division. Pour sortir de ce dualisme manichéen et retrouver l’équilibre, les sages ont enseigné la voie de la sagesse, celle du juste milieu. Tentons de mieux comprendre la différence qui existe entre le bien, le mal et la sagesse qui les transcende et qui triomphe par conséquent de l’esprit de division.

Dans notre article intitulé Le karma résiduel et sa transmutation, nous nous sommes référés au récit de la tentation et de la chute d’Adam et Ève pour expliquer la différence entre la Connaissance du Bien suprême et la connaissance du bien et du mal. En résumé, nous avons dit que la Connaissance du Bien suprême, qui est la véritable Gnose, est le regard avec lequel Adam et Ève voient leur nature édénique, avant qu’ils ne la perdent en goûtant au fruit défendu qui leur confère la capacité de discerner le bien du mal. Dans cet état primordial édénique qui précède la chute, ils vivent en harmonie, en unité et en équilibre, dans la soumission parfaite à la Volonté divine, dans un état de pureté, de simplicité et de félicité. L’accès à la connaissance du bien et du mal inverse les rapports dans leur esprit. Désormais, leur pureté, symbolisée par leur nudité, est quelque chose de mal dont ils ont honte et qu’ils cachent, pour se libérer du sentiment de culpabilité. Le bien se définit désormais par opposition au mal : si la nudité est un mal, alors le fait de la cacher est un bien. C’est l’apparition, dans l’esprit d’Adam et Ève, d'une morale pervertie, qui succède à la Morale divine[1] qui est Bien suprême, Amour inconditionnel et Connaissance transcendante de l’état primordial. La chute symbolise ce changement d’état de conscience, de l’unité vers la dualité, de l’action juste (karma neutre) vers l’action duelle (karma duel), du centre vers la périphérie.

 

Vers une division progressive de la psyché

Nous avons dit également que l’expérience d’Adam et Ève, est une allégorie qui exprime ce qui se passe à l’intérieur de la psyché de tout être humain. Petits enfants, nous incarnions cette perfection édénique, par notre capacité à vivre en unité avec nos états d’âme, ou autrement dit, avec la vérité du vivant à l’intérieur de soi. Puis, avec la formation du mental, nous avons progressivement perdu notre simplicité et notre candeur, en interprétant que nos élans de vie naturels, pourtant en phase avec la Volonté divine, n’étaient pas tous dignes d’être aimés par le monde extérieur. Celui-ci nous a bien vite fait comprendre que certains de nos élans de vie nous exposaient au rejet, à la punition, à l’humiliation, au sarcasme, à la violence, et qu’il était donc préférable de ne plus les exprimer si nous souhaitions éviter d’être ainsi privés de la douceur et de l’amour auxquels nous aspirons pourtant en notre cœur. Par une inversion des rapports caractéristique de l’ego qui était désormais influant dans notre esprit, nous avons déterminé que nos élans de vie, pourtant parfaits puisqu’ils étaient l’expression de notre vérité intérieure, devaient être cachés, réprimés, refoulés si nous souhaitions être reconnus, acceptés et aimés par le monde extérieur. C’est ainsi que tout un pan de notre personnalité a été plongé dans l’ombre, repoussé sous le seuil de la conscience (soit dans le subconscient), pour que nous puissions faire « bonne figure » et satisfaire aux règles de conduite et aux codes moraux de ce monde extérieur duquel nous dépendions pour grandir et pour définir notre identité.

La connaissance du bien et du mal, donc la morale (notez la minuscule), est devenue le cadre de référence nous permettant de discerner, ce qui, en nous, est digne d’être aimé de ce qui ne l’est pas. Nous obtenons l’amour sous la forme de la reconnaissance, de l’attention, de la gratitude, de l’estime, lorsque nous faisons ce qui est considéré comme quelque chose de bien par le cadre moral du contexte religieux, culturel et social dans lequel nous évoluons, et nous en sommes privés lorsque nous montrons de nous ce qui est considéré comme mauvais. Pour obtenir l’amour du monde extérieur dans lequel nous évoluons, nous sommes forcément tentés de nous plier aux règles morales en jouant le rôle qui nous permet d’être appréciés, non pas pour ce que nous sommes, mais pour correspondre à ses attentes. Tout ce que nous faisons pour être « bien vus » nous apporte l’assurance que nos parts d’ombre sont bien cachées derrière le masque que nous nous efforçons de porter. Pour entretenir cette image valorisante dont nous avons besoin pour être dans la norme qui détermine notre droit à l’acceptation et à l’estime d’autrui, nous devons constamment soigner les apparences pour nous prémunir de tout risque que nos ombres soient mises à nu et qu’elles dégradent cette image de soi. En conséquence, nous faisons des efforts pour cacher tout ce qui est considéré comme immoral ou imparfait en soi-même, comme par exemple notre sensibilité, nos faiblesses et notre vulnérabilité, nos bassesses, et nos besoins lorsque ceux-ci sont considérés comme honteux. Identifiés à la connaissance du bien et du mal, nous en venons à croire que ces choses-là sont mauvaises et nous sommes incapables de les aimer. Nous détestons nos parts d’ombre à tel point que nous faisons tout notre possible pour les étouffer, les anesthésier, et les maintenir bien occultées dans les plus profondes couches de notre psyché divisée.

Nous sommes prêts à tout pour nous conformer aux normes du « bien » et recevoir en retour l’approbation du monde extérieur, ce qui nous donne par là l’assurance que nos ombres passent inaperçues. »

Quand l’ombre devient un monstre redoutable

Sous le seuil de la conscience, nos ombres grandiront au fur et à mesure que nous leur opposerons de nouvelles couches d’occultation. Plus nous faisons le bien pour cacher ce que nous considérons comme le mal en soi, plus il se renforce. Le contrôle que nous nous imposerons pour contenir cette ombre grandissante générera, au fil du temps, de plus en plus de tensions, qu’il faudra bien pouvoir évacuer d’une manière ou d’une autre, au travers de tous les vices, les dépendances et les habitudes déviantes, auxquels nous aurons recours, le plus souvent à l’abri des regards, puisque cela est évidemment considéré comme quelque chose d’immoral, avec le jugement de soi et la culpabilité qui accompagnent inévitablement ces stratégies compensatoires adoptées pour étouffer le feu de notre souffrance. Il faut toutefois comprendre ici que ces pulsions immorales et destructrices qui vivent en nous, n’auraient jamais pu devenir de tels « montres » si nous n’avions pas, au départ, décrétés que les élans de vie qui en sont en quelque sorte la racine, étaient « mauvais ».

Prenons l’exemple du petit enfant à qui l’adulte aura fait comprendre que son rapport naturel à la sexualité est quelque chose de mauvais et qu’il est coupable de s’y être livré, comme c’est fréquemment le cas dans les abus sexuels, où le bourreau se déculpabilise en projetant ses propres ombres sur la victime. La victime, qui est souvent un petit enfant innocent et candide, sera incapable de faire la part des choses, et considérera sa sexualité comme quelque chose de mauvais. Ces élans vitaux ne cesseront pas d’exister pour autant ; à chaque fois qu’ils chercheront à s’épanouir de façon naturelle et donc juste, un mécanisme d’occultation sera immédiatement déclenché pour les réprimer (puisqu’ils sont considérés, à tort, comme quelque chose de mauvais). Avec le temps, ces ombres s’accumuleront dans le subconscient et deviendront des pulsions extrêmement fortes, déviantes et destructrices, pouvant prendre le contrôle de la personne qui n’aura d’autre choix que de les assouvir d’une manière identique à celle dont il fut la victime, basculant alors dans l’immoralité.

Par soi-même, en vérité, est fait le mal. »

Siddharta Gautama

bien et mal, revers d’une même pièce…

aucoeurduvivant voie milieu panneaux elan sarroAu travers de cet exemple, nous souhaitons démontrer que la morale fait le jeu de son contraire : l’immoralité. Dans le contexte de la morale, faire le bien revient à faire le mal, car l’un et l’autre ne sont que les revers d’une même pièce, celle de la dualité ! La morale, qui est la connaissance du bien et du mal dans le mental de l’être humain, définit forcément une chose en rapport à son contraire. Ce qui est bien ne peut être défini que par la connaissance de ce qui est mal. Mais où se situe la limite qui permet de déterminer ce qui est bien et ce qui est mal ? Cette limite est subjective, dans la mesure où elle est déterminée par le mental de l’être humain, et que celui-ci est influencé par un contexte culturel, religieux et social, qui varie grandement selon les époques et les espaces géographiques. En cela, le cadre de référence qui oppose le bien et le mal ne sera pas le même pour tous les individus, eu égard à leur système de croyance et à leur éducation. Par exemple, dans l’esprit d’un chrétien, la notion de bien ne sera pas semblable à celle d’un musulman. Ce que le premier considère comme quelque chose de bien, sera parfois un mal pour le second. Tous les deux étant persuadés de détenir la vérité au sujet de ce qui est bien et mal, ils chercheront à imposer leur vision des choses à l’autre, dans une dynamique semblable, qui alimentera l’opposition et renforcera le mal qu’ils croient combattre chez cet autre. Là aussi, faire le bien pour supprimer le mal, ne fait que le renforcer.

Comme nous l’avons vu, la connaissance du bien implique la connaissance du mal, qu’il faudra vaincre par l’accomplissement de toute action moralement identifiée au bien. Utilisons une métaphore pour bien faire comprendre cela : nous allons chercher à augmenter l’intensité lumineuse (le bien) pour faire disparaître l’ombre (le mal). Sur le plan individuel, une personne cherchera à faire le bien pour se donner bonne conscience, donc pour se persuader qu’elle n’est pas si mauvaise. Cela équivaut pour elle à rejeter davantage encore ses parts d’ombre, et donc à en augmenter leur intensité. En effet, cette personne agit à partir de l’ego, puisqu’elle fait le bien à condition de pouvoir échapper au mal. Sa démarche est motivée par un besoin de se débarrasser de ce qu’elle refuse et méprise en elle, à savoir ses parts d’ombre qu’elle considère comme l’expression du mal. Cette identification à l’ego est comme un voile qui sépare la lumière de l’ombre, et empêche cette dernière d’être mise en lumière et de se transmuter. À cause de la présence de ce voile dans son esprit, qui sépare le bien du mal, toute tentative d’augmenter la part de bien, a pour effet d’augmenter la part de mal.

Tant que le voile de l’ego n’aura pu être tranché, toute tentative d’augmenter l’intensité de la lumière (en faisant le bien) aura pour effet d’augmenter pareillement l’intensité de l’ombre.

La personne sera constamment en lutte contre elle-même, car plus elle cherchera à faire le bien pour se défaire du mal en elle, plus il gagnera en force, l’obligeant à encore davantage de contrôle et d’efforts pour le contenir et le cacher aux yeux du monde extérieur, derrière un ensemble d’actions dont le but sera de présenter une belle couche de vernis pour faire illusion. En conséquence, la division sera de plus en plus forte dans la psyché de la personne, générant de grandes tensions à la fois physiques est psychologiques, avec tous les déséquilibres et les effets néfastes que cela peut produire. Comme nous l’avons dit, avec le temps, les parts d’ombre refoulées et réprimées deviendront de véritables « monstres » qui viendront constamment hanter la personne, émergeant du subconscient sous la forme de pensées obsessionnelles, de pulsions et d’états d’âme inconfortables, et également sous la forme de leur projection dans la réalité extérieure, qui sera en quelque sorte le reflet de ce que la personne porte en elle, et face auquel elle réagira par certains réflexes conditionnés mis en place pour cacher et étouffer immédiatement cette ombre que la réalité extérieure aura fait remonter en surface. C’est ainsi que la personne, dans l’inconscience des mécanismes qui l’influencent, est enchaînée aux conséquences de son karma, dans un cercle vicieux destructeur d’action-réaction duquel il lui sera d’autant plus difficile de s’extraire que les conditionnements seront profondément enracinés dans les profondeurs de sa psyché.

 

L’apocalypse intérieure, ou le dévoilement de l’ombre

Le chemin de la libération passe par la « déprogrammation » de tous ces schémas conditionnés desquels la personne est devenue dépendante avec le temps. Il s’agit de désapprendre les fausses croyances au sujet de ce qui est bien et mal en changeant de regard sur ce qu’elle porte en elle. C’est une repentance au sens premier du terme, par laquelle la personne tranche le voile de l’identification à l’ego et cesse de porter un jugement sur ce qui est bien et ce qui mal. C’est une conversion par laquelle elle revient au centre, en se réalignant sur la pure Lumière de l’esprit qui contemple la réalité intérieure telle qu’elle est, avec la bienveillance inconditionnelle qui la caractérise. Par ce regard amoureux, l’ombre que son ego lui faisant considérer comme un mal, imparfait et indigne d’être aimé, est accueillie et est invitée à révéler sa nature. Le réflexe de rejet et d’occultation de l’ego est remplacé par une mise en lumière, une mise à nu. C’est une révélation de ce qui était jusque-là couvert par le voile de l’ego. Si l’on se réfère à l’allégorie de la Genèse, c’est un retournement par lequel l’homme ôte la feuille de figuier dont il se sert pour cacher la nudité dont il a honte, osant ainsi dévoiler sa vérité intérieure. Ce mouvement inverse à celui de la chute marque un redressement à l’intérieur de la psyché, qui s’accompagne de la prise de conscience du pouvoir guérisseur de l’amour inconditionnel ainsi projeté sur la vérité du vivant. L’être qui change ainsi de regard sur sa vérité intérieure, réalise par là même que le mal n’était pas l’ombre dont il avait honte, mais le réflexe d’occultation mis en place pour la cacher et l’étouffer. aucoeurduvivant mario duguay epee lumiere elan sarroCette découverte de l’ombre par le regard lumineux de la pure conscience, est une apocalypse intérieure, qui la transmute en lumière. La vision pénétrante de la pleine conscience agit comme une épée qui tranche le voile d’identification à l’ego et libère de la vision dualiste qui opérait une division entre le bien, la lumière, et le mal, l’ombre. Ce réalignement sur la Lumière de l’esprit, synonyme de Bien suprême, de Volonté divine et de Connaissance, nous replace sur la voie du milieu, celle de l’action juste. C’est une libération de la dualité par le retour à l’unité. C’est un paiement du karma duel par la rédemption, qui est l’acceptation de l’ombre telle qu’elle est.

Le dévoilement de nos parts d’ombre implique le renoncement aux réflexes conditionnés qui avaient été mis en place pour les maintenir occultées. N’étant plus cachées, nos ombres sont découvertes, dévoilées et donc vues, tant par soi-même que par le monde extérieur, ce qui peut être extrêmement désagréable pour l’ego, qui aura l’impression de mourir sur le plan de l’identité conceptuelle qu’il s’est construit. C’est en effet une mort de l’ego, une mort initiatique qui coïncide avec la renaissance des parts de notre âme qui étaient privées de lumière, étouffées sous le poids de la répression et de la privation d’amour dont elles étaient les victimes innocentes et malheureuses. La rectification opérée par l’épée lumineuse de l’esprit, qui tranche le voile de l’ego, éclaire l’ombre et lui permet à nouveau de refléter la Lumière de l’esprit. L’âme vivante retrouve un second souffle et renaît. Elle retrouve son mouvement et la guérison a lieu dans la psyché. Le mal étant ainsi vaincu de manière spirituelle, le Bien suprême triomphe et peut se manifester par l’élan de vie restauré de l’âme, sous la forme de toutes les vertus qui en expriment la nature.

Lorsque le voile d’occultation de l’ego est tranché, les parts ombrageuses de l’âme vivante sont illuminées et restaurées dans leur état primordial, reflétant ainsi à la perfection le Bien suprême, la Lumière spirituelle, par leur vibration harmonieuse. »

Renoncer aux réflexes conditionnés, qui sont toutes les couches d’occultation qui maintiennent l’ombre prisonnière, permet donc son dévoilement, son illumination. Comme nous l’avons expliqué dans notre article Le karma résiduel et sa transmutation, ce renoncement nous permet de payer notre karma résiduel par l’acceptation de la souffrance qui lui est associée (on pourrait dire également que ce renoncement nous permet de « laver les conséquences de nos péchés », ou de « régler notre dette karmique »). C’est bien parce que nous acceptons la souffrance que nous pouvons nous libérer du réflexe conditionné dont nous nous étions rendus dépendant pour éviter de l’éprouver. Les Maîtres de sagesse ont vécu et enseigné cette « descente aux enfers » initiatique qui est le passage obligé pour se rétablir au cœur du vivant, au centre de la croix, dans l’Invariable milieu. Le renoncement à la volonté inférieure de l’ego est une soumission à la Volonté divine, un redressement, une rectification alchimique qui permet de racheter le karma résiduel et d’obtenir le « salut ». Ce renoncement marque le passage de la morale pervertie et inversée à la Morale divine, de la dualité à l’unité, de la connaissance relative à la connaissance absolue, de l’œuvre au noir à l’œuvre au blanc alchimique, de la perdition à la rédemption, de la périphérie au centre, de l’aliénation à la libération, de la volonté inférieure à la Volonté supérieure, de l’imperfection à la perfection.

Afin d’éviter tout malentendu au sujet de la morale, nous devons bien préciser qu’elle n’est pas mauvaise en soi. Tout le monde sera sans doute d’accord pour dire qu’il est mieux d’accomplir des actions morales qu’immorales, donc qu’il est mieux de faire le bien que de faire le mal, puisqu’on évite ainsi de tuer, de manipuler, de calomnier, ou de nuire d’une quelconque manière à autrui. Si cela est vrai, il n’en demeure pas moins vrai que les « bonnes actions » qui sont accomplies dans une perspective moraliste, contribuent à approfondir la dualité en soi-même pour les raisons que nous avons expliquées plus haut, et que cette dynamique devra par conséquent tôt ou tard être abandonnée si l’on souhaite pouvoir renaître intérieurement à notre unité fondamentale, dans l’identification à l’âme vivante, dans l’état de pureté et de fluidité qui était le nôtre avant la chute dans la dualité.

 

La morale est utile, mais…

Nous dirions que la morale est utile tant et aussi longtemps que nous errons dans le labyrinthe de l’existence (œuvre au noir alchimique) car elle nous sert de « garde-fou » pour éviter de sombrer dans la barbarie et l’immoralité la plus décadente. Mais comme elle alimente et renforce la présence d’impuretés dans le subconscient, même si l’on parvient à faire illusion d’une perfection de surface par nos « bonnes actions », elle ne peut nous permettre d’annuler notre passif karmique, c’est-à-dire d’obtenir la rédemption, le « salut ». Si nous faisons le bien pour nous donner bonne conscience et vivre dans le confort de la croyance que ce dont nous avons honte passera inaperçu, nous continuons de manquer la cible, c’est-à-dire de pécher en demeurant en périphérie de soi-même. L’entrée dans l’œuvre au blanc alchimique, qui est celle de la purification intérieure, passe par le dévoilement de la vérité présente en notre cœur (notre centre), dans la conscience lumineuse qu’elle n’est ni bonne ni mauvaise, mais qu’elle EST simplement le reflet de la Lumière de l’esprit.

Au regard de ce qui a été dit, on comprendra que la vérité du vivant n'est JAMAIS immorale. Ce qui l'est, par contre, c'est le réflexe conditionné mis en place par l’ego pour défendre ou cacher cette vérité intérieure. L’ombre, qui est la vérité du vivant réprimée et privée d’amour, n’est pas le mal dont la lumière serait le bien. L’ombre est la perfection, rendue imparfaite par l’inversion dont l’ego est l’auteur par son jugement erroné au sujet de ce qui est bien et de ce qui est mal (perversion et inversion de la Morale divine). Ce qui est imparfait et mauvais, c’est le péché, c’est-à-dire le mécanisme de défense de l’ego qui occulte et dévie l’attention hors du vivant. Lorsque nous nous libérons du voile de refus et que nous acceptons inconditionnellement la réalité telle qu’elle est, la perfection intrinsèque peut se révéler et rayonner sa beauté. Un être qui vit en unité avec son âme, avec un subconscient purifié de toutes impuretés karmiques, ne peut être l’auteur d’aucun mal, car cela est absolument incompatible avec sa nature. Comme le dit la Bhagavad Gîtâ, texte sacré de la tradition hindoue, cet être, « même s’il détruit tous les mondes, ne tue pas, pas plus qu’il n’est enchaîné par les conséquences de ses actions. » (Chapitre 18, vers 17).

 

L'action juste, celle du juste milieu

Aussi, on aura compris que la Morale divine, qui est l’action juste accomplie par l’être établit dans l’Invariable milieu, aligné sur l’axe lumineux qui est à la fois Volonté divine et Bien suprême, n’est pas la résultante d’une moyenne entre le bien et le mal[2], mais leur transcendance. On aura également bien compris que ce n’est pas en cédant à toutes nos pulsions et en s’autorisant à faire tout et n’importe quoi sous prétexte que la morale doit être abandonnée, que l’on peut s’établir dans la voie du juste milieu. C’est en ce sens que des mouvances peu recommandables ont voulu faire croire que la rédemption pouvait être obtenue par le vice et le déchaînement des pulsions les plus basses de l’ego. L’ignoble crédo de la « rédemption par le péché », exprimé aussi par « fais ce que tu voudras sera le tout de la loi », est une fausse doctrine, relevant du satanisme, qui inverse les valeurs spirituelles et qui, bien loin d’offrir la liberté à l’individu qui s’y conforme, comme elle le prétend perversement pour le séduire, le rend au contraire complètement esclave de ses pulsions.

L’œuvre de purification alchimique dont il est largement question sur ce site n’a strictement rien à voir avec le déchaînement de l’ego dans les plus immorales déviances dont il est capable, mais s’applique à le maîtriser par le renoncement aux tentations qu’il impulse dans la psyché pour dévier hors du centre, dans l’éloignement le plus grand possible du Divin en soi (éloignement tout illusoire et relatif puisque dans l'absolu rien ne peut être séparé de Dieu, mais dont les effets sont néanmoins parfaitement réels et observables sous la forme des déséquilibres que cet éloignement produit dans le monde manifesté). La mise en lumière de l’ombre permet la libération des réflexes conditionnés de l’ego qui lui étaient associés - de même que l’effet disparaît lorsque la cause a été transmutée -, et la bienveillance naturelle de l’âme peut se déployer et s’épanouir au travers d’actions concrètes qui feront de l’individu qui les accomplit, une incarnation parfaite de la Lumière spirituelle dans le monde (le Verbe fait chair...).

La soumission à la Volonté divine, qui se manifeste par un esprit de bienveillance à l’égard du vivant et par une maîtrise des impulsions d’attraction et de répulsion de l’ego, est un devoir. Si nous nous rebellons face à cela, en arguant que c’est une privation de notre liberté d’agir à notre guise, avec malveillance si telle est notre volonté, nous nous plaçons alors dans la même situation qui fut celle d’Adam et Ève lorsqu’ils se sont laissés tenter par le serpent. Cette rébellion de l’homme face à la Volonté divine, est la cause de sa chute et de l’existence du mal dans le monde. »

aucoeurduvivant Una and the Lion Briton Riviere

Una and the Lion - Briton Riviere (1880)

Cette oeuvre d'art illustre bien la maîtrise de l’ego par la bienveillance (regard aimant) accordée au vivant (l'agneau). Dans cet état de conscience, l'ego (lion) ne peut nuire au vivant (agneau), qu'il ne voit même pas... Ce symbolisme n'est pas sans rappeler celui de la 11ème lame du tarot de Marseille : La Force.



[1] La Morale divine, au sens où nous l’entendons, est l'action juste dans la soumission à la Volonté divine, tel qu’on peut l'observer dans la nature, chez les animaux, chez les petits enfants, et chez les Maîtres de sagesse. Cette action réalisée en parfaite adéquation avec l'Ordre naturel des choses, même si elle peut détruire et causer de la souffrance chez celui qui n’en perçoit pas la cause profonde, n’est jamais un mal comme tel, car elle procède du Principe suprême.

[2] Il y a quelques années, nous avions parcouru le site internet d’une organisation soi-disant initiatique, qui avait une conception toute fantaisiste de la voie du milieu. Elle se donnait pour mission d’accomplir le bien et le mal en égale proportion, par la pratique de la magie blanche et de la magie noire, croyant pouvoir ainsi atteindre l’équilibre, le juste milieu…! Il s’agit là d’une grave méprise qui a pour conséquence de renforcer la dualité plutôt que d’atteindre l’unité dont la voie du milieu est synonyme, dont on s’éloigne donc d’autant plus en renforçant les tendances qui s’opposent.  

 

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Citation inspirante

C'est en faisant le bien que l'on détruit le mal, et non en luttant contre lui. C'est en cultivant l'amour que l'on détruit la haine, et non en l'affrontant. C'est en faisant croître la lumière que l'on triomphe de l'obscurité, et non en lui livrant combat.

Charif Barzouk,

philosophe berbère de tradition orale,

de la première moitié du 20e siècle.